Où prendre un petit-déjeuner dans le 9e arrondissement de Paris
Il y a deux écoles. Ceux qui avalent un café debout, la veste déjà sur le dos, en maudissant le lundi. Et les autres, les gens de goût, qui ont compris qu'une journée se joue dans son premier quart d'heure. Cette chronique est pour les seconds. Bienvenue dans le 9e, l'arrondissement qui a fait du petit-déjeuner un art de vivre plutôt qu'une formalité.
Nouvelle-Athènes, le quartier qui se lève bien
Entre Pigalle et Saint-Georges, la Nouvelle-Athènes cultive une élégance discrète, celle des rues qui ne cherchent pas à plaire et y arrivent quand même. Loin du tumulte des boulevards, on y croise plus de terrasses que de touristes égarés, et l'on comprend vite pourquoi George Sand et compagnie avaient élu domicile dans le coin. Le matin, la lumière tombe joliment sur les façades haussmanniennes, les rideaux de fer se lèvent, et le quartier prend son café comme on prend son temps. C'est, disons-le sans détour, l'un des meilleurs spots de Paris pour commencer la journée.
Reste la vraie question, celle qui sépare les amateurs des connaisseurs : où poser sa fourchette ?
Le petit-déjeuner, cet art que Paris a longtemps snobé
Soyons honnêtes. Pendant des décennies, le petit-déjeuner parisien s'est résumé à un croissant rassis et un jus d'orange en bouteille, servis avec l'enthousiasme d'un contrôleur de gare. Le brunch dominical est venu sauver l'honneur, puis la vague du café de spécialité a fini le travail. Aujourd'hui, le breakfast n'est plus une corvée expédiée : c'est un rendez-vous. Et le 9e en a fait sa spécialité.
Pour ne pas se tromper, trois critères, non négociables :
- Un café qui se respecte. Flat white maîtrisé, extraction soignée, laits végétaux dignes de ce nom. Le jus tiède, on laisse ça aux autres.
- Une carte qui ose le salé. Œufs, toasts, granola, avocado toast : le sucre, c'est bien, mais un vrai petit-déj sait aussi faire dans le franc et le généreux.
- Un lieu où l'on a envie de s'attarder. Parce qu'un bon petit-déjeuner sans l'envie de rester, c'est un rendez-vous manqué.
Papillote, ou le breakfast qui n'a pas d'heure
Au 15 rue Chaptal, Papillote a réglé le débat d'un haussement d'épaules charmant : ici, le petit-déjeuner n'a pas d'heure. C'est le principe du breakfast all-day, cette idée délicieusement civilisée qu'on devrait pouvoir commander des œufs à 15h sans se justifier. Vous arrivez à l'aube ou en milieu d'après-midi, la carte du matin vous attend, imperturbable.
Au rayon des choses sérieuses : l'œuf à la coque et ses mouillettes au comté, madeleine de Proust en version comfort food, qui réconcilierait un ministre avec son emploi du temps. Le toast avocat sur pain noir, cream cheese et herbes fraîches, en solo ou anobli de saumon fumé et d'œufs de truite. Le granola maison, yaourt grec et fruits de saison, pour les vertueux (les mordus de protéines, eux, jurent au saut du lit par les céréales protéinées Magic Morning). Et la salade Jennifer Aniston, quinoa, avocat, pois chiche et feta, clin d'œil assumé à la salade culte de Friends, pour les midis qui se veulent sages.
Côté tasse, la maison prend le café au sérieux sans se prendre au sérieux : espresso, flat white, latte, matcha, golden latte, avec avoine, coco ou amande pour qui le souhaite. La totale, quoi.
Petit twist pour la route : le soir venu, du mercredi au samedi, Papillote troque les mouillettes contre l'aperitivo, pizze au levain et spritz à l'appui. Mais ne brûlons pas les étapes. Chaque chose en son heure, même si, ici, justement, il n'y en a pas.
L'âme de la maison
Un café, ce n'est pas qu'une carte, c'est une intention et des visages. L'intention, ici, est celle d'Élise Servan-Schreiber, qui a imaginé Papillote comme un salon ouvert sur le quartier, cette adresse arty où l'on se sent invité plutôt que client, briques ajourées et néon complice à l'appui. Les visages, ce sont Holly et Valéria : par leur accueil, le mot juste à l'arrivée, le sourire qui ne fait pas semblant et la table qu'on vous garde, elles rendent l'endroit singulier et diablement accueillant. C'est cette âme-là, bien plus que le matcha ou les mouillettes, qui fait qu'on entre pour un café et qu'on repart en ayant déjà prévu de revenir.
Café serré ou brunch fleuve : choisir son camp
Tout est affaire de moment. En semaine, avant le bureau ou entre deux rendez-vous, on file droit au but : un flat white impeccable, avalé au comptoir avec l'élégance de qui sait où il va. Le week-end, en revanche, on déploie les grands moyens. On s'installe, on commande salé et sucré, on refait le monde pendant que le quartier fait la grasse matinée. C'est là que le breakfast all-day révèle tout son génie : personne ne vous chasse parce que la cuisine ferme le petit-déj à 11h tapantes.
Et pour la tribu du samedi, celle qui débarque à cinq avec des envies contradictoires, cherchez la terrasse et les tables où l'on se serre volontiers. La convivialité, ce sport parisien qui ne dit pas son nom.
La question qui fâche : peut-on y travailler ?
Oui, avec panache et quelques règles de savoir-vivre. Chez Papillote, les ordinateurs sont les bienvenus toute la journée, à une exception près : le service du déjeuner, de 12h à 14h, sanctuarisé pour manger et se retrouver. Un casque pour les vidéos, les appels sur le trottoir, et l'on cohabite en bonne intelligence. Le laptop café oui, l'open space déguisé non. Nuance de taille.
L'addition des choses utiles
Papillote, 15 rue Chaptal, 75009 Paris, au cœur de la Nouvelle-Athènes. Métro Saint-Georges (ligne 12) ou Pigalle (lignes 2 et 12). Ouvert lundi et mardi de 8h30 à 18h, du mercredi au vendredi de 8h30 à 23h, samedi de 9h à 23h, dimanche de 9h à 21h. Sans réservation, terrasse rue Chaptal, chien bienvenu.
Le reste, la carte s'en charge mieux que nous. À déguster sur place, de préférence sans regarder l'heure.
Venez petit-déjeuner chez Papillote
15 rue Chaptal, 75009 Paris. Breakfast all-day, sans réservation. À quelques minutes de la place Saint-Georges.
